Comores, plan de François Sergent

Le plan d'Aïssaple, futur Ariel, a été dessiné par François Sergent en 1973. Il en existe deux versions. Dans la première la quille est complète et se termine par un étambot dans lequel passe l'axe de l'hélice et se prolonge par le safran. Dans la seconde version, celle qui a été choisie, la quille est séparée du safran qui lui-même est précédé de ce qu'on appelle aujourd'hui un skeg placé devant l'hélice.

Première version de Comores de François Sergent, la quille se termine par l'étambot
Dans cette deuxième version, l'étambot est séparé de la quille

Comores a été prévu pour être fabriqué en bois par le chantier naval Rameau sous le nom de Locrido. On peut trouver une fiche concernant ce modèle sur le site bateau.com et sur celui de Voiles et voiliers. Il semble cependant qu'aucun exemplaire n'ait été produit durant les dix ans de présence du Locrido au catalogue du chantier. D'une façon générale, je n'ai pas été en mesure de trouver un autre exemplaire de ce bateau.

Comores offre quelques caractéristiques saillantes pour son temps. Ni couloir lesté, ni plat à barbe, il associe un creux assez important et un volume généreux à l'arrière. Sa largeur est importante pour un dessin de sa génération, 3,30 mètres pour 10,50 mètres de longueur. Ce volume se traduit par un très léger frégatage une fois le maître-bau passé.

Plan de formes première version
Plan de formes deuxième version, François Sergent n'a redessiné que la quille et l'étambot

Je manque de points de comparaison pour décrire comment se matérialiseront ces formes particulières en matière de comportement marin. En théorie, le creux adoucit le passage dans la mer et le volume arrière stabilise aux allures portantes au détriment de l'efficacité au près, car il rend le bateau ardent et augmente la surface mouillée. Je pense par contre pouvoir déjà dire que le volume supplémentaire s'apprécie beaucoup dans la cabine qui offre deux belles couchettes spacieuses sous les bancs du cockpit et une grande soute arrière accessible par deux panneaux de pont. J'ai hâte de pouvoir comparer ces caractéristiques attendues avec la réalité du comportement d'Ariel lors de ses premières navigations.

Les aménagements

On retrouve dans les aménagements d'Ariel le moyen terme entre tradition et modernité de la carène. En effet, le plan général est moderne avec sa cabine double avant, la cabine de douche et toilettes qui la sépare du carré, la table à cartes et la cuisine de part et d'autre de la descente. Contrairement au plan d'origine, il y a deux cabines arrière, de chaque côté de la descente. La table du carré est décalée vers tribord pour laisser un espace de circulation à bâbord.

La part de mystère

En 1990, lorsque le maître d'ouvrage commanda la construction à un chantier de Haute-Garonne, Nauti-Sud Plaisance, le dessin avait donc dix-sept ans. Quand Aïssaple toucha l'eau pour la première fois, en 1997, trois ans avant la mort de François Sergent, il y avait vingt-quatre ans que son crayon avait quitté le papier. Pourquoi un homme des années 1980 décide-t-il de faire construire un Yacht en bois à une époque où la construction en plastique armé se répand partout ? Pourquoi choisit-il un plan ancien non par son âge — il ne devait avoir qu'une quinzaine d'années au moment de son élection —, mais par son design ? J'ai visité des bateaux construits à la même époque avec la même technique de bois-moulé qui étaient infiniment plus proche de la conception contemporaine des carènes dans laquelle le plan anti-dérive et le lest sont confondus dans une pièce de fonte rapportée et qui n'ont rien de semblable avec le dessin qui nous occupe ici avec sa quille profonde qui plonge depuis le brion, son allonge de voûte qui émerge vers le tableau arrière et surtout ses retours de galbord. A-t-il été conseillé par quelqu'un ? Par le chantier lui-même ? À l'époque, de très nombreux chantiers navals de toute l'Europe proposent des bateaux en polyester construits en série avec des carènes et des aménagements semblables. J'ai pu identifier une différence entre le dessin de François Sergent et la réalisation : la section du roof qui va de la descente à l'étambrai est surélevée.

On distingue bien sur cette photo la surélévation du roof sur la section des trois grands hublots rectangulaires.

Ce roof à deux niveaux est très courant sur les Yachts de François Sergent, on en trouvera de nombreux exemples dans sa production. Cette adaptation du plan à la haute taille du maître d'ouvrage justifiait-elle à elle seule une construction sur-mesure ? Je ne le pense pas. Cela fait donc beaucoup d'originalités pour un même bateau : la construction en bois moulé à l'âge du polyester armé, la réalisation unique à l'aire de la série, l'adaptation sur mesure à partir d'un dessin ancien. Toutes ces caractéristiques en font un bateau unique et je suis très heureux de participer à la suite de son histoire comme nouveau propriétaire.

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